Le point sur la guerre que se livrent les universités de Paris autour de la marque “La Sorbonne”

On ne peut que saluer la sage prise de position du rectorat (et chancellerie des universités de Paris) et de la ville de Paris du 9 octobre 2009. Les universités Paris 2 Panthéon-Assas (faculté de Droit) et Paris 6 Pierre et Marie Curie (faculté de Sciences) se sont alliées à Paris 4 Paris-Sorbonne dans l’unique but de récupérer la marque “Sorbonne”, siège historique des études en Lettres et Sciences Humaines à Paris, comme le soulignait il y a peu le Président de Paris-Dauphine. Or ni Paris 2, ni Paris 6, ne proposent ces formations. Les universités Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Paris 3 Sorbonne-Nouvelle et Paris 4 Paris-Sorbonne sont les principales héritières de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Paris, et à ce titre, elles se doivent de maintenir et protéger leur héritage. Les tentatives d’appropriation de la marque “La Sorbonne” par Paris IV, et ses nouveaux partenaires, sont inadmissibles et vont à l’encontre de l’histoire de l’Université de Paris, de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Paris (”Sorbonne”), de la Faculté de Droit et Sciences Economiques de Paris (”Panthéon”), etc.

Rappelons aussi que l’Université de Paris n’est pas la Sorbonne. L’Université de Paris a été fondée au XIIème siècle (vers 1150) bien avant la Sorbonne. La fondation du collège de Robert de Sorbon, qui devint Collège de Sorbonne, fut reconnue par le roi en 1257. Le collège de Sorbonne était dédié à l’enseignement pour les étudiants pauvres de la Théologie, puis de la Philosophie et des autres Sciences Humaines. Ce collège devint la maison la plus reconnue en France et à l’étranger de l’Université de Paris (composée de plusieurs collèges comme le prestigieux collège de Navarre, etc.).
Au XIXème et XXème siècles, la Sorbonne était le siège de la Faculté des lettres de Paris. Après les événements de Mai 1968, la Faculté des lettres de Paris fut divisée entre Paris I (Panthéon-Sorbonne), Paris III (Sorbonne-Nouvelle), Paris IV (Paris-Sorbonne), Paris V (Paris-Descartes) et Paris VII (Paris- Diderot).

Donc s’il y a bien une alliance qui a toute la légitimité pour s’appeler “La Sorbonne”, c’est bien celle de Paris I - Paris III - Paris V - Paris VII et non celle de Paris II - Paris IV - Paris VI! Mais pourquoi pas trouver un terrain d’entente et associer pour chaque PRES parisien le nom Sorbonne avec un autre mot? Toutes les universités de Paris y gagneront sur le plan international et nos ancêtres de l’Université de Paris n’auront pas à se retourner dans leur tombe…

Guillaume Mariani

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4 réponses à to “Le point sur la guerre que se livrent les universités de Paris autour de la marque “La Sorbonne””

  1. Jean-Pierre Nioche écrit :

    Tout à fait d’accord avec ce post. Mais beaucoup plus importante est la situation de fond des alliances parisiennes. Or il semble que Paris I est en train de se retrouver isolée, poussée dehors par ses partenaires de Paris-Cité.
    Cela ne mérite-t-il pas un débat ?

  2. mm311 écrit :

    Ouais, trop fort, on aurait Sorbonne bidule, Sorbonne machin, Sorbonne truc, et comme ça on gagnerait vachement en visibilité à l’international. C’est une riche idée tient.
    Faut arrêter avec ces conneries : Oxford c’est Oxford, point. Cambridge c’est Cambridge point. Évidemment, à l’intérieur cohabitent les fameux “Colleges”, mais la cohérence est là. Il n’y a cas se rendre sur le site d’Oxford, les choses sont claires. Sur le site de la Sorbonne… euh, ben on tombe en fait sur un site tout pourri du rectorat qui vous explique très bien ce qu’était la Sorbonne au moyen âge (ça on sait bien l’expliquer), un peu moins ce qu’elle est aujourd’hui (faut pas abuser). Un site qui vous renseigne aussi sur comment louer les salles où les étudiants n’ont pas cours (faut bien gagner ça vie) et que le rectorat de Paris c’est pas la chancellerie des université mais qu’en même temps c’est la même chose. Moi je dis, si avec ça les étrangers n’ont pas compris, c’est que c’est des groooos boulets.

    Plus sérieusement, beaucoup de grands établissements français pensent que seul le mot Sorbonne leur donnera un accès à la notoriété international. Je pense pour ma part que c’est faux. Un nom seul ne suffit pas. Il n’y a cas voir l’université de Toulouse en sciences économiques et sociales qui est capable de se hisser brillement dans les classements internationaux.
    King’s College, l’Imperial College, Yale, Princeton, font partie des meilleurs établissements au monde. Pourtant, ils n’ont pas la même notoriété qu’Harvard ou Oxford dont le seul nom évoque l’excellence. Pourquoi les français ne seraient pas aussi capables de créer des établissements de notoriété internationale autre que la Sorbonne ?

    Cette volonté de s’arracher la marque Sorbonne, comme des chiens trop maigres qui se battent pour un même os, est pathétique. Un aveu de faiblesse (sans la Sorbonne, on n’y arrivera jamais). C’est triste je trouve en fait. Et ça donne pour résultat une Sorbonne qui n’existe plus vraiment. Alors quoi faire de mieux quand quelque chose n’existe plus ? La réduire à un passé mystifié pour éviter d’avoir à parler d’un présent trop flou.

  3. Guillaume Mariani écrit :

    Jean-Pierre, j’aurais aimé que vous assistiez au Discours de Rentrée du nouveau Président de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Jean-Claude Colliard, dans le cadre de notre première semaine d’intégration (7 jours, 7 événements). Je sais que ce n’est pas la première fois que vous abordez ce sujet sur ce blog, débat qui a l’air de vous tenir à coeur.

    Après son discours, chose exceptionnelle en France, le Président de Paris 1 a répondu sans détour à toutes les questions que posaient les étudiants de l’amphi. Des étudiants ont notamment posé la question de la marque Sorbonne et des alliances PRES à Paris je crois (les étudiants dans la salle n’étaient pas que de nouveaux étudiants et il y avait quelques syndicalistes et représentants d’associations de Paris 1 très bien informés :)).

    Le positionnement de Paris 1, réaffirmé à l’occasion de cet événement, est très clair: nous souhaitons rester au sein d’un des deux PRES parisiens car nous sommes les fondateurs du PRES Paris-Cité (anciennement Paris Centre Université) avec Paris V et Paris VII. A l’heure de l’autonomie tellement souhaitée par notre gouvernement, le ministère aimerait intervenir et pousser vers la sortie un des membres fondateurs du PRES Paris-Cité et en allant ainsi à l’encontre des volontés des membres de ce PRES? Est-ce cela l’autonomie universitaire?

    L’autre volet du positionnement de Paris 1 est que nous étions, nous sommes et nous resterons au Quartier Latin, notre premier campus, la Sorbonne et la Faculté de Droit du Panthéon représentent nos origines et notre identité. Ce n’est pas parce que nous sommes membre fondateur du nouveau Campus Condorcet à Porte de la Chapelle et Aubervilliers qui a pour objectif de devenir le premier campus européen en Sciences Humaines et Sociales (Paris 1, EHESS, ENC, EPHE, MSH Paris Nord,…) et que nous allons délocaliser quelques formations et laboratoires, que nous partirons du Quartier Latin. Tous les universitaires français savent la place importante de Paris 1 dans le paysage universitaire de Paris intra-muros. Si Paris 1 ne peut pour l’instant intégrer le PRES Paris-Cité sur pression ministérielle, alors Paris 1 pourrait peut-être réfléchir à intégrer une autre alliance à Paris…

    L’université leader des Sciences Humaines et Sociales en France ne se laissera pas faire et a une stratégie d’établissement bien définie contrairement à d’autres institutions de l’enseignement supérieur et de la recherche… En outre, toutes les autres universités parisiennes rêveraient d’avoir dans leur regroupement Paris 1 :) Il suffit par exemple de lire le blog de Gilbert Béréziat (ancien président de Paris 6 UPMC et délégué général de Paris Universitas) pour se rendre compte du grand intérêt que portent les universités et grandes écoles parisiennes au choix d’alliance de Paris 1. Suspense…

    Communiqué officiel de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne: http://www.univ-paris1.fr/universite/espace-presse/evenements-et-communiques-de-presse/motion-sur-le-pres-paris-cite/

  4. Guillaume Mariani écrit :

    mm311, tout à fait d’accord. Il est assez pathétique de voir Paris 2 Panthéon-Assas et Paris 6 UMPC courir après la marque Sorbonne pour pouvoir exister sur la scène internationale, alors que depuis 1968, il ne fallait surtout pas se mélanger avec les Sorbonnards, c’était les scientifiques d’un coté, les juristes de l’autre, etc. Attention, on ne voulait pas être confondus avec cette institution vieillissante et ces étudiants et enseignants “gauchistes” en lettres et sciences humaines… Mais maintenant, avec la mondialisation et l’importance qu’ont pris les classements internationaux dans le choix d’une université, Paris 2 Panthéon-Assas et Paris 6 UPMC ont l’air de redécouvrir (ou plutôt de découvrir) la Sorbonne… Ce que je trouve le plus scandaleux ce n’est pas l’attitude de Paris 2 et Paris 6 puisqu’ils recherchent la solution de facilité plutôt que de créer de nouvelles marques internationales, mais celle de Paris 4 Paris-Sorbonne qui se prend pour la Sorbonne et se permet de céder cette marque unilatéralement et sans aucune concertation avec Paris 1 Panthéon-Sorbonne et Paris 3 Sorbonne-Nouvelle, à Assas et UPMC, ses nouveaux partenaires…

    Comme ce fut déjà le cas à Abu Dhabi il y a quelques années… Avec Jean-Robert Pitte ou Georges Moliné, c’est apparemment pareil, Paris IV cumule les erreurs stratégiques dans la gestion de la marque Sorbonne… Le problème c’est que cela ne concerne pas seulement Paris IV mais cela a aussi de graves effets collatéraux pour Paris 1, qui par exemple se voit interdire l’ouverture de toute antenne dans le Proche et Moyen Orient car Paris IV a vendu la marque “La Sorbonne” dans cette région du monde! Quelle honte…

    Il faudrait peut-être former certains présidents d’université à la stratégie, au développement international, à la négociation, au droit des contrats et à l’éthique.

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