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(3/6) Protestation de Pierre-Yves Hénin : Sur le fond.

Samedi 16 mai2009

 

L’ancien Président de Paris 1 Panthéon-Sorbonne dénonce l’interprétation du Quai d’Orsay au sujet de l’accord signé entre Paris 4 Paris-Sorbonne et Abu Dhabi. Selon le Ministère des Affaires Etrangères, aucune autre université comportant l’appellation « Sorbonne » ne peut s’implanter désormais dans les régions du Proche et Moyen-Orient. Pour Pierre-Yves Hénin, cette affirmation n’est aucunement justifiée juridiquement.

 

Selon Rue 89 : « En avril 2007, le procureur général du Qatar, l’équivalent du ministre de la Justice, Ali Bin Fetais Ali Marri, propose à Pierre-Yves Hénin de créer un institut affilié à l’université Paris I-Panthéon Sorbonne au Qatar. Les deux hommes montent le dossier et le communiquent à la garde des Sceaux Rachida Dati. Pierre-Yves Hénin raconte :

« Fin avril 2008 s’est tenue au Qatar la conférence de Doha sur la justice, en présence de Rachida Dati. Elle nous a dit : “Je prends sur moi pour signer l’accord de coopération.” Avant la conférence, elle a reçu un coup de fil de l’Elysée qui lui interdisait de signer quoi que ce soit. » »

 

Les mêmes objections officielles resurgissent en 2009, lorsque Paris 1 a été contacté pour créer une antenne au Bahreïn.

 

L’ambassadeur de France à Bahreïn, Yves Oudin, a adressé un courrier à Pierre-Yves Hénin : après consultation du ministère des Affaires Etrangères, « il m’est revenu que votre visite à Bahreïn soulevait des objections d’opportunité, je l’ai donc dit aux autorités bahreiniennes ».

 

Selon un courrier de Bernard Kouchner qui date du 18 février 2009: les autorités françaises sont liées par l’accord Franco-émirien qui « comprend une clause précisant que l’université sera l’unique implantation de l’Université Paris-Sorbonne au Proche et Moyen-Orient. Dans ce contexte et compte tenus des enjeux actuels de notre coopération avec les Emirats Arabes Unis, il n’apparaît pas possible de reprendre une deuxième fois l’appellation « Sorbonne » dans cette région du monde. »

 

Dans son courrier du 18 février 2009 à Nicolas Sarkozy, Pierre-Yves Hénin écrit :

 

« Par courrier du 6 février, je vous faisais part de mon invitation par Sa Majesté le roi du Bahreïn à me rendre à Manama à l’occasion de votre visite officielle. Je vous exprimais mon souhait de pouvoir préparer, avec l’interlocuteur que vous voudriez bien m’indiquer, les entretiens que je devais avoir avec les autorités du Royaume en vue d’approfondir le projet de coopération souhaité par Sa Majesté avec l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

 

Cette démarche de ma part faisait suite à des courriers à Monsieur Kouchner et à Madame Pécresse le 8 janvier les informant officiellement de nos projets, puisque ceux-ci répondaient à une sollicitation formulée par un Etat étranger au plus haut niveau.

 

Alors que j’étais sans réponse à ces courriers, j’ai été informé d’une démarche de l’ambassade de France auprès des autorités du Bahrein signifiant que ma présence sur place en ce jour était considérée comme inopportune. Cette démarche, confirmée par notre ambassadeur m’a conduit à décliner l’invitation du souverain, me plaçant ainsi en situation de grave indélicatesse à son égard.

 

Cet incident, survenant après l’annulation tardive de la signature d’une convention de coopération universitaire avec le Qatar, me conduit à m’interroger sur l’existence d’une politique visant à évincer mon université de toute présence dans la région du Golfe. Paris 1 Panthéon-Sorbonne personne morale autonome, ne saurait être engagée par la convention portant création de l’Université Sorbonne Abou Dhabi, dont la seule partie contractante française est l’université Paris4 Paris Sorbonne.

 

S’il existe un accord intergouvernemental dont résulterait l’éviction de mon université, nous devons être informés de son contenu et de sa raison d’être. La situation actuelle, qui semble procéder d’une telle logique, handicape gravement les possibilités d’action de Paris 1 dans la région, ce qui est source d’un préjudice important en termes de visibilité internationale et constitue un précédent aussi grave qu’injustifié dans l’appropriation de l’identité d’université de la Sorbonne. S’il est légitime que la coopération universitaire n’ignore pas les objectifs généraux de la politique extérieure de l’Etat, vous comprendrez bien que nos communautés universitaires soient attentives à une nécessaire transparence sur la nature des intérêts en jeu. »

(2/6) Les faits : l’accord d’Abou Dabi ne concerne que l’Université Paris 4 Paris-Sorbonne et n’engage qu’elle.

Samedi 16 mai2009

 

En 2006, l’Université Paris 4 Paris-Sorbonne sous la présidence de Jean-Robert Pitte crée une antenne à Abu Dhabi en présence de Gilles de Robien (alors Ministre de l’Education).

 

Créer une implantation à l’étranger pour une université française, c’est s’internationaliser (internationaliser son corps professoral et ses étudiants), promouvoir sa marque à l’étranger mais c’est surtout une manne financière non négligeable à l’heure où les universités françaises, en particulier spécialisées dans le domaine des Sciences Humaines et Sociales (SHS), sont sous-financées en comparaison à leurs homologues anglo-saxonnes. Car les droits universitaires sont bien évidemment beaucoup plus élevés en dehors de nos frontières. Une année de Master à la LSE de l’Université de Londres coûte au moins 20 000 euros par an en droits universitaires alors que le même Master 2 coûte environ 200 euros à la Sorbonne ! Une année universitaire à Abu Dhabi coûtant 13 000 euros par étudiant et Paris 4 Paris-Sorbonne touchant 15% des droits universitaires, Paris 4 bénéficie d’une ressource supplémentaire d’environ 500 000 euros par an (300 000 euros en 2007/2008 selon Michel Fichant, président du comité stratégique de Paris-IV et membre du conseil de direction de Paris-Sorbonne Abu Dhabi ).

 

Jean-Robert Pitte (ancien président de Paris 4), Georges Molinié (actuel président de Paris 4) et Pierre-Yves Hénin (ancien président de Paris 1) sont formels : l’accord passé entre l’Université Paris-Sorbonne (Paris 4) et le Royaume d’Abu Dhabi porte une clause d’exclusivité pour la région du Proche et Moyen-Orient et personne ne cherche à la nier. Cependant, comme le souligne Georges Molinié, dans sa version anglaise, la clause d’exclusivité porte sur « the Sorbonne University » et non sur « Paris-Sorbonne » ou « Paris 4 », comme c’est le cas dans la version française de l’accord. C’est sur cette erreur d’amateur (si nous faisons l’hypothèse que Pitte est de bonne foie et que ce n’était pas volontaire) commise par les rédacteurs de ce contrat, que se baseraient la Présidence de la République Française et le Ministère des Affaires Etrangères pour justifier leurs actions visant à interdire toute implantation de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne dans le Proche et Moyen-Orient. Or, comme nous l’a rappelé l’ancien président de Paris 1, c’est la version française de l’accord qui fait foi, et non la version anglaise. Juridiquement, les oppositions de l’Elysée et du Quai d’Orsay au développement de Paris 1 dans cette région du monde sont complètement infondées : d’une part, parce que Paris 1 Panthéon-Sorbonne n’a jamais été partie au contrat, et d’autre part, parce que dans la version française du contrat faisant foi, il est bien stipulé que l’accord d’exclusivité pendant dix ans concerne l’Université Paris-Sorbonne (Paris 4) et non l’Université de la Sorbonne (qui au demeurant n’existe pas et n’a aucun statut juridique). Georges Molinié le rappela en ces termes : « L’idée que l’on puisse vendre le nom Sorbonne, qui en plus ne nous appartient pas… c’est plouc !» Jean-Robert Pitte a dû, d’ailleurs, le re-confirmer à maintes reprises : « Cette clause d’exclusivité n’interdit qu’à notre établissement, Paris Sorbonne, d’ouvrir une autre antenne à proximité d’Abu Dhabi. Paris 1 Panthéon-Sorbonne pourrait légalement ouvrir une antenne au Qatar. »

 

Et pourtant, Paris 1 s’est vue refusée par le Quai d’Orsay l’ouverture d’implantations prestigieuses au Qatar et au Bahreïn explicitement demandées au Président de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne par cet état et ce royaume. Est-ce donc cela, l’autonomie des universités, si chère à Valérie Pécresse et à Nicolas Sarkozy ? Le gouvernement peut-il s’immiscer dans la stratégie de développement international de ses plus prestigieuses universités, quitte à créer des incidents diplomatiques avec d’autres pays des Emirats, tout en utilisant des méthodes médiocres pour éviter que ne se créent ces partenariats voulus à la fois par Paris 1 et par le Qatar et le Bahreïn, comme par exemple en désignant le Président de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne comme « persona non grata » au sein d’un autre état souverain et en l’obligeant à décliner l’invitation d’un roi? Depuis fin avril 2009, Pierre-Yves Hénin, qui vient de transmettre ses pouvoirs de Président de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne au nouveau Président élu, Jean-Claude Colliard, a retrouvé sa liberté d’expression et se permet de protester sur le fond et sur la forme.

(1/6) Petit rappel historique : de la Sorbonne à Paris 1, Paris 3 et Paris 4.

Samedi 16 mai2009

 

Après les importants mouvements étudiants de Mai 68, l’Université de Paris qui a son siège en Sorbonne est divisée en treize universités (de Paris 1 à Paris 13). La Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Paris, plus connue sous le nom de « La Sorbonne », est alors divisée par les universitaires eux-mêmes en quatre universités. Outre les idéologies politiques (Paris 1 et Paris 3 cataloguées à gauche et Paris 4 à droite) aujourd’hui dépassées, voire inversées (Paris 4 étant de nos jours l’épicentre de la contestation universitaire contre les réformes du gouvernement actuel), les universitaires se rassemblent par projet pédagogique :

- Paris 1 Panthéon-Sorbonne allie les classiques Sciences Humaines aux Sciences Sociales (y compris le Droit, la Science Politique, l’Economie et la Gestion des Entreprises via un département interne pour la formation initiale, Gestion Sorbonne, et un institut rattaché pour la formation continue, l’IAE Paris). Paris 1 est aussi l’héritière aux cotés de Paris 2 Panthéon-Assas, de la Faculté de Droit et Sciences Economiques de l’Université de Paris, dite Panthéon (à cause de son emplacement en face du Panthéon). D’où son nom, Panthéon-Sorbonne qui reflète son identité et son double héritage unique. L’université est toujours organisée, comme l’avait voulu ses trois fondateurs, Hélène Ahrweiler (Sciences Humaines), Henri Bartoli (Sciences Economiques) et François Luchaire (Sciences Juridiques), en trois pôles majeurs d’enseignement et de recherche : Arts et Sciences Humaines - Droit et Science Politique - Economie et Gestion.

- Paris 3 Sorbonne-Nouvelle (communément appelée « Censier », son centre principal) et Paris 4 Paris-Sorbonne choisissent de devenir des universités littéraires dans la pure tradition de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Paris, la Sorbonne, et enseignent les Lettres, les Langues Etrangères, les Arts, la Communication et les Sciences Humaines.

- et enfin, Paris 5 René Descartes, université pluridisciplinaire en Sciences, Médecine, Sciences Humaines et Sociales. Paris 5 est aussi l’héritière aux côtés de Paris 6 Pierre et Marie Curie, de la Faculté de Médecine de l’Université de Paris.

Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Paris 3 Sorbonne-Nouvelle et Paris 4 Paris-Sorbonne se partagent les amphithéâtres, salles et bureaux de la Sorbonne. Les marques « Sorbonne » ou « La Sorbonne » n’appartiennent à aucune d’entre elles, tout comme les bâtiments de la Sorbonne dont la Ville de Paris est propriétaire.

(0/6) Dossier exclusif du Sorbonne Post-Scriptum: L’affaire du Sorbonne Gate.

Samedi 16 mai2009

 

A l’occasion d’un entretien que nous avons eu avec l’ancien Président de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Pierre-Yves Hénin, nous publions ce dossier détaillé sur l’affaire du Sorbonne Gate qui commence à sortir dans les médias (Nouvel Obs, Rue 89, Bakchich, Libération, Challenges, Les Echos, EducPros,…) depuis fin avril 2008. Le Sorbonne Post-Scriptum, l’Association des Etudiants et Anciens Elèves de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne,  a soutenu, soutient et soutiendra toutes les initiatives de Monsieur Pierre-Yves Hénin afin d’assurer la défense des intérêts de notre université en France et dans le monde. Notre association lui a d’ailleurs proposé un espace de libre expression, une tribune sur notre blog, si cela s’avérait nécessaire. Nous vous tiendrons bien évidemment informés des suites de ce dossier.

 

(1/6) Petit rappel historique : de la Sorbonne à Paris 1, Paris 3 et Paris 4.

 

(2/6) Les faits : l’accord d’Abou Dabi ne concerne que l’Université Paris 4 Paris-Sorbonne et n’engage qu’elle.

 

(3/6) Protestation de Pierre-Yves Hénin : Sur le fond.

 

(4/6) Protestation de Pierre-Yves Hénin : Sur la forme. 

 

(5/6) Pourquoi parle-t-on d’un « Sorbonne Gate » ?

 

(6/6) Outre le scandale politico-militaro-financier qui pourrait se cacher derrière la création d’une Sorbonne à Abu Dhabi, pourquoi cette affaire est-elle si importante aux yeux de la communauté universitaire?

 

Partenariat entre le Sorbonne Post-Scriptum et l’association CEIS

Dimanche 10 mai2009

Cette semaine, un partenariat entre l’association des étudiants et anciens élèves de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (Sorbonne Post-Scriptum, www.sorbonne-post-scriptum.com) et l’association Conférences et Etudes Internationales en Sorbonne (CEIS, http://www.facebook.com/group.php?gid=10935712021) a été conclu pour une future collaboration, notamment dans le cadre de la création prochaine du Club International du Sorbonne Post-Scriptum en partenariat avec les différents Masters internationaux de Paris 1.

Parmi les objectifs de CEIS, on trouve l’organisation de conférences pluridisciplinaires autour de thèmes liés à l’international: Relations Internationales, Europe, Droit International, etc. qui font intervenir des enseignants-chercheurs de Panthéon-Sorbonne ainsi que des intervenants extérieurs.

Cette approche transdisciplinaire de CEIS, sur le modèle de Panthéon-Sorbonne (université pluridisciplinaire en Sciences Humaines et Sociales), cette volonté de faire (re)venir la société civile au sein de l’université la plus prestigieuse de France et de familiariser nos étudiants aux carrières à l’international et ce désir de mieux valoriser et promouvoir les travaux de recherche d’enseignants-chercheurs de Paris 1 et d’ailleurs, dans les champs couverts par Panthéon-Sorbonne, correspondent tout à fait aux objectifs statutaires de l’association Sorbonne Post-Scriptum. Sans compter sur le dynamisme et le sérieux de cette nouvelle association dirigée par Jean-Baptiste Musso (Président de CEIS) et Maxime Cazelles (Secrétaire Général de CEIS).

CEIS organise justement une conférence en Sorbonne, amphithéâtre Bachelard, ce vendredi 15 mai de 18h à 20h30 :

L’intégration européenne depuis la chute du mur de Berlin

Perspectives historique, géopolitique et juridique

Avec:

  • M. Robert Frank, professeur d’histoire des relations internationales, université Paris 1
  • M. Pierre Verluise, maitre de conférence en géopolitique, université de Cergy
  • Mme. Chahira Boutayeb, maitre de conférence en droit public/droit communautaire, université Paris 1

 

Blog de CEIS: http://ceis.wordpress.com/

Groupe Facebook de CEIS: http://www.facebook.com/group.php?gid=10935712021

 

Site du Sorbonne Post-Scriptum: http://www.sorbonne-post-scriptum.com/
Blog du Sorbonne Post-Scriptum: http://blog.sorbonne-post-scriptum.com/
Page Facebook: “Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne”: http://www.new.facebook.com/pages/Paris-France/Universite-Paris-1-Pantheon-Sorbonne/28438715750

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“Le Sorbonne Gate” 4: La Sorbonne à Abu Dhabi : protestation du président de Paris-I (Les Echos)

Dimanche 3 mai2009

En Bref, 30/04/09, http://www.lesechos.fr/journal20090430/lec1_derniere/4859903.htm

 

La bataille autour du nom de la Sorbonne s’intensifie. Le président de l’université Paris-I, Pierre-Yves Hénin, a dénoncé hier l’accord conclu en 2006 par sa voisine Paris-IV qui aurait cédé à l’émirat d’Abu Dhabi l’exclusivité du nom de la Sorbonne - Moyen-Orient. Chose qu’elle ne pouvait, selon Pierre-Yves Hénin, pas faire, puisque trois universités parisiennes sont habilitées à se partager le nom de la Sorbonne (Paris-I, III, IV). Cette exclusivité aurait selon lui, interdit à Paris-I d’installer la moindre antenne au Moyen-Orient.

“Le Sorbonne Gate” 3: Comment la Sorbonne a bradé son nom au Moyen-Orient (Rue 89)

Dimanche 3 mai2009

Par Hélène Decommer - 29/04/2009

http://www.rue89.com/2009/04/29/comment-la-sorbonne-a-brade-son-nom-au-moyen-orient

Paris-IV Sorbonne ayant cédé à Abu Dhabi l’exclusivité du nom dans la région, Paris I-Panthéon Sorbonne ne peut plus s’y implanter.

La Sorbonne à Abu Dhabi, belle vitrine de la culture française dans le Golfe. Il y a trois ans, le projet est conclu entre les Emirats arabes unis et l’université Paris IV-Sorbonne par un accord, « secret » à l’époque, qui prévoit l’exclusivité de l’usage du nom La Sorbonne au Proche et Moyen-Orient. Sauf que ce titre n’est pas la propriété de Paris IV.

Pierre-Yves Hénin se sera battu jusqu’au bout. Son mandat de président de l’université Paris I-Panthéon Sorbonne s’achève aujourd’hui, et malgré son acharnement, impossible d’instaurer une antenne de son université au Moyen-Orient. Il a tenté le Qatar, puis le Bahreïn, mais s’est systématiquement heurté à un refus des autorités françaises.

En avril 2007, le procureur général du Qatar, l’équivalent du ministre de la Justice, Ali Bin Fetais Ali Marri, propose à Pierre-Yves Hénin de créer un institut affilié à l’université Paris I-Panthéon Sorbonne au Qatar. Les deux hommes montent le dossier et le communiquent à la garde des Sceaux Rachida Dati. Pierre-Yves Hénin raconte :

« Fin avril 2008 s’est tenue au Qatar la conférence de Doha sur la justice, en présence de Rachida Dati. Elle nous a dit : “Je prends sur moi pour signer l’accord de coopération.” Avant la conférence, elle a reçu un coup de fil de l’Elysée qui lui interdisait de signer quoi que ce soit. »

Rebelote au Bahreïn, au début de l’année 2009. Pierre-Yves Hénin reçoit une invitation du ministre de la Cour royale Al-Khalifa pour discuter d’une éventuelle implantation de Paris-I au Bahreïn, à l’occasion d’une visite de Nicolas Sarkozy dans le pays prévue en février. Il y répond favorablement. Le 9 février, un courriel de l’ambassadeur de France au royaume du Bahreïn l’informe que :

« Vérification faite auprès de mon ministère, il m’est revenu que votre visite à Bahreïn soulevait des objections d’opportunité. Je l’ai donc dit aux autorités bahreiniennes. »

Furieux et voulant comprendre les raisons de son éviction, le président de Paris-I écrit à Valérie Pécresse, Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner. Seul ce dernier lui répond et livre l’explication :

« Les autorités françaises sont liées par l’accord franco-émirien signé à Abou Dhabi le 19 février 2006 par Monsieur Jean-Robert Pitte, alors président de l’université Paris IV Sorbonne et par Monsieur Gilles de Robien, alors ministre de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, ce dernier l’ayant paraphé comme témoin.

« Cet accord, qui formalise l’implantation de l’université Paris-IV Sorbonne aux Emirats, comprend une clause précisant que l’université sera l’unique implantation de l’université Paris-Sorbonne au Proche et Moyen-Orient. »

Or, la prestigieuse appellation Sorbonne n’est pas l’apanage de Paris-IV. Après les événements de mai 68, treize universités sont créées dans l’académie de Paris. Plusieurs portent le nom Sorbonne dans leurs titres. Le terme n’appartient donc pas à une université en particulier et ne peut pas être déposé.

Pierre-Yves Hénin demande alors à Bernard Kouchner, par courrier daté du 13 mars, le texte de cette convention entre Paris-IV et les Emirats, afin « d’apprécier la teneur et la portée des dispositions qui (lui) seraient opposables. » Pas de réponse. Le président de l’université s’insurge :

« Il n’est pas normal qu’il existe un caractère secret dans un accord sur une université. Il n’y a aucune transparence dans cette affaire. »

De plus, Paris-IV ne touche que 15 % des droits d’inscription des quelques 400 étudiants de La Sorbonne à Abu Dhabi, qui s’élèvent à environ 13 000 dollars par an et par élève. Pierre-Yves Hénin poursuit :

« Lorsque le musée du Louvre s’est installé à Abu Dhabi, la clause d’exclusivité pour le nom s’est négociée à 400 millions d’euros par an. Là, 15 % c’est ridicule, surtout qu’il y a peu d’élèves. On sacrifie l’université française soit pour des intérêts financiers, qui là sont minimes, soit pour garantir des intérêts supérieurs. »

En 2006, c’est Pascal Renouard de Vallière qui avait servi d’intermédiaire entre l’université Paris IV et les Emirats Arabes Unis. Conseiller en relations internationales et ami d’Olivier Dassault, il se présente lui-même comme un lobbyiste :

« J’ai passé vingt ans de ma vie à nouer des relations au Moyen-Orient. C’est moi qui ai eu l’idée d’implanter une grande université française à Abu Dhabi et le président de Paris IV, Jean-Robert Pitte, a été le seul à me suivre.

« Pour la clause d’exclusivité, nous avons peut-être mal négocié, mais nous n’avions pas les moyens de faire mieux. Nous sommes arrivés avec un sac de billes dans les poches. Donc nous avons cédé la clause d’exclusivité contre les frais de fonctionnement et de construction. »

Au passage, Pascal Renouard de Vallière reconnaît aussi n’avoir jamais touché les deux millions d’euros promis pour avoir assuré la transaction :

« Selon un engagement verbal, c’était aux Emiriens de me payer. Mais à l’époque, l’ambassadeur de France aux Emirats Arabes était furieux que j’ai réussi à monter ce projet. Il s’est débrouillé pour me décrédibiliser aux yeux des Emiriens, leur demandant de ne pas me payer. Evidemment, ils ont suivi ses recommandations. »

Du côté de Paris IV, on reconnaît que l’accord de coopération a été mal rédigé. Michel Fichant, professeur délégué et membre du Conseil de direction de La Sorbonne Abu Dhabi :

« L’accord a été insuffisamment élaboré et négocié. Jean-Robert Pitte a voulu aller beaucoup trop vite. Les Emiriens ont acheté une marque, sans être vraiment informés de ce qu’elle recouvrait. Mais notre gouvernement, qui fait de gros efforts de rapprochement, ne veut pas leur déplaire et donc leur donne raison. »

La question de la marque va d’ailleurs se poser dès les remises de diplômes aux étudiants. Habilitée à délivrer des diplômes universitaires uniquement en Lettres et Sciences humaines, Paris IV s’est associée à Paris V-Descartes pour les formations en Droit et en Economie. C’est cette dernière qui attribuera les licences, masters et doctorats dans ces matières. Sans mention La Sorbonne, puisque le terme ne figure pas dans le nom de l’université.

Les Emiriens s’en inquiètent déjà. Avec le Quai d’Orsay, ils réfléchissent à la manière de faire tout de même apparaître la prestigieuse mention Sorbonne.

“Le Sorbonne Gate” 2: Etrange mic mac autour de la Sorbonne à Abu Dhabi (Nouvel Obs)

Dimanche 3 mai2009

29.04.2009

http://leblogdeleducation.blogs.nouvelobs.com/archive/2009/04/27/etrange-mic-mas-autour-de-la-sorbonne-a-abu-dhabi.html

C’est un lobbyiste proche d’Olivier Dassault, Pascal Renouard de Vallière, qui a monté l’opération d’implantation de Paris-4 Sorbonne à Abu Dhabi ( Emirats Arabes Unis), signée par Gilles de Robien, à l’époque ministre de l’Education Nationale, en 2006. Pour cette opération qui lui a demandé, dit-il, « deux ans de travail », il avait négocié une commission de 2 millions de $, que devait lui payer les Emirats. Mais il ne l’a jamais touchée. D’après lui, c’est le Quai d’Orsay qui s’y oppose. Mais l’affaire se complique du fait que, pour justifier ces honoraires, le protocole d’implantation de la Sorbonne à Abu Dhabi, qui a été rédigé en anglais, contient une clause d’exclusivité pour le Moyen Orient au profit de « The Sorbonne university ».

Problème : outre l’université Paris-4 « Paris Sorbonne », deux autres universités portent aussi le nom Sorbonne : Paris-1 « Panthéon Sorbonne » et Paris-3 « Sorbonne Nouvelle. » Elles se voient interdire tout partenariat pédagogique dans le Moyen Orient. Paris-1 refuse cette interprétation et est décidé à dénoncer la validité juridique de l’accord signé par Paris-4. Mais - autre problème - il s’avère que le contenu du protocole de cet accord est jusqu’ici resté secret. En tout état de cause, l’affaire a déjà conduit récemment à un incident diplomatique avec Bahrein, qui s’est vu interdire un partenariat pédagogique avec Paris-1, au nom « d’intérêts supérieurs ». A l’heure où Nicolas Sarkozy s’apprête à inaugurer, fin mai, la base militaire française à Abu Dhabi, l’exclusivité de la marque « Sorbonne » aurait-elle été accordée aux Emirats Arabes Unis afin de faciliter des contrats avec ce pays ? Voici le récit de cette ténébreuse affaire.

La magie de la « marque Sorbonne »

Seule la France ne se rendait pas compte, jusqu’à un passé récent, que le mot « Sorbonne » - comme « Louvre » ou « Dior » - exerce une attraction magique sur toute la planète. En voici une preuve supplémentaire : trois émirats se battent pour tenter de bénéficier de la prestigieuse marque. Mais l’affaire a tourné à l’imbroglio et mené à un incident diplomatique. Car nul ne sait qui est juridiquement dépositaire de la marque Sorbonne. Rappel historique : après les événements de Mai-68, quelques technocrates découpent la Sorbonne - coupable d’agitation incontrôlable - en trois universités différentes baptisées Paris-1 ( ex fac de Droit et Economie), Paris 3 (ex fac de Lettres), et Paris 4 ( idem). En fait ils commettent un crime équivalent à débaptiser Chanel ou Renault . D’ailleurs ces universités cherchent vite à renouer avec leur patrimoine, et il en résulte un compromis tordu. La fac de lettres Paris 4, qui occupe le bâtiment historique du boulevard Saint Michel hérite de l’appellation « Paris Sorbonne ». La fac de droit et d’économie qui occupe le bâtiment mitoyen, très prestigieux aussi, au pied du Panthéon, n’hérite que de « Panthéon Sorbonne », mais contre le privilège de s’appeler Paris-1 . Pas négligeable quand on sait que Paris 6 a récemment été pris par une délégation asiatique pour la 6 ème fac parisienne, alors qu’elle est la première au Classement de Shanghai sous le nom de « Université Pierre et Marie Curie ». Enfin est créé la « Sorbonne Nouvelle », alias Paris 3, logée dans un préfabriqué miteux dit « Censier . »

C’est dans ce contexte qu’en 2003, le remuant et plutôt droitier Jean-Robert Pitte, décroche la présidence de Paris 4. Il décide, sans consulter les autres facs, de valoriser la marque Sorbonne, confiant à un opérateur extérieur une licence « multiproduits ». Tant que c’est pour vendre des vêtements griffés Christian Lacroix ou des tasses à café, ses rivaux de Paris 1 et Paris 3 se contentent de sourire. « Nous n’usurpons en rien le nom Sorbonne plaide Pitte à l’époque. La Sorbonne, c’est un bâtiment, et Paris 4 porte ce nom. »

Les choses se compliquent le 19 février 2006 quand Pitte, en compagnie de Gilles de Robien - alors ministre de l’Education Nationale - signe une « convention d’implantation » de « The University of Sorbonne at Abu Dhabi », en présence du prince héritier, Cheikh Mohammad Ben Zayed, chef adjoint des forces armées Emiraties , et de Sheickh Nahyan bin Mubarak Al Nahyan, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique des Emirats Arabes Unis ( EAU). Cet accord prévoit que Paris 4 percevra 15 % des droits d’inscription de 13 000 $ par an. A terme sont prévus trois amphithéâtres et 45 salles de cours, une bibliothèque de 50 000 volumes. Pitte explique qu’il n’est pas question d’associer Paris 1 et Paris 3 à l’opération, « ce serait trop compliqué administrativement. » La première rentrée se fait en octobre 2006 avec 170 étudiants. A terme il est prévu de monter à 2000 étudiants ( 400 actuellement), ce qui représenterait une recette d’environ 2 millions d’E pour Paris 4. A peu près la moitié de ce que rapportent les 25 000 étudiants inscrits à Paris ! « Avec la marque Sorbonne, on dort sur une mine d’or » lance Pitte.

La Sorbonne à Abu Dhabi : un accord exclusif, et secret

L’affaire irrite au plus haut point son collègue et voisin immédiat Pierre-Yves Hénin, à l’époque président de Paris 1 Panthéon Sorbonne, qui se met en quête de connaître le contenu exact de la convention signée avec Abu Dhabi, pour voir ce qui pourrait l’empêcher, lui « Panthéon Sorbonne » d’en faire autant. Malgré toutes ses demandes au Quai d’Orsay, il ne parvient pas à obtenir copie du contrat. Pas étonnant, et voici pourquoi. Quand, à la mi 2008, Pitte paye sa surexposition médiatique et perd la présidence de Paris 4, son successeur, le discret mais pugnace Georges Molinié, professeur de stylistique française, opposant farouche à la loi Pécresse, ne remet pas en cause la signature de Pitte. Mais il découvre et s’étonne publiquement que le protocole d’implantation soit « un accord secret » - ce que récuse Pitte - mais que confirme Michel Fichant, membre du CA de la Sorbonne Abu Dhabi, professeur d’histoire de la philosophie à Paris 4 . Molinié s’étonne aussi que l’antenne implantée s’appelle, dans le protocole, rédigé en Anglais, « The Sorbonne » et pas « Paris 4 ». Enfin il confirme qu’il y a une clause d’exclusivité concernant ” la région Moyen Orient”.

Ce qui signifie que les deux autres facs portant le nom Sorbonne se voient fermer toute possibilité de coopération avec cette aire très importante, qui va de Dubaï au Caire en passant par Beyrouth et Téhéran. Pitte nie cette interprétation : « cette clause ne concerne que Paris 4, je me réjouirais que mes collègues de Paris 1 ou Paris 3 en fassent autant. » Mais il manie volontiers le double langage . D’un coté il dit : « Une université s’appelant « Paris Sorbonne » et dont le siège se situe dans le bâtiment de la Sorbonne, à l’ombre de la chapelle de Richelieu, est tout simplement la Sorbonne et les démentis n’y font rien » et de l’autre il admet, avec sa casquette de géographe : « Que Paris-Sorbonne ne soit pas toute la Sorbonne, c’est une évidence. »

Hénin préside une université réputée notamment en droit et en économie, qui aspire à monter des partenariats étrangers. A l’époque, il voit dans cette subtile nuance entre « The Sorbonne » et « Paris 4 » un évidente source de malentendu juridique . Ses craintes vont très vite se confirmer. Dès l’élection de Sarkozy, il sollicite l’Elysée pour clarifier l’affaire. On lui répond, raconte-t-il : « Ah, c’est encore une « chiraquerie ». On va régler ça, ne vous inquiétez pas. » Deux mois plus tard le ton a changé du tout au tout : il reçoit une fin de non recevoir. Têtu, il est reçu deux fois au cabinet de Bernard Kouchner et deux fois chez Pecresse. Il ne rencontre que des interlocuteurs embarrassés qui disent en substance : écrasez-vous et on trouvera une solution.

Paris 1 Panthéon Sorbonne interdite d’implantation au Qatar

En novembre 2007, l’ambassade de France au Qatar signale à Hénin que le procureur général du Qatar, Ali Bin Fetais al-Marri, qui est un diplômé de Paris 1 Panthéon Sorbonne, voudrait que Paris 1 monte à Doha une formation en droit. La proposition est séduisante car le Qatar a créé une Fondation pour l’Education, dotée de plus de 5 milliards d’E, qui bâtit un méga campus de prestige « Education City », destiné à accueillir les meilleurs cursus du monde. On y trouve déjà 6 université américaines. Suite à la visite de Nicolas Sarkozy au Qatar les 14 et 15 janvier 2008, Hénin monte dans l’urgence une maquette de Droit et Affaires Internationales . Parallèlement le procureur Al-Marri, confirme directement sa demande à Hénin. Pour éviter tout problème avec Paris 4, Hénin informe Pitte de son projet, avec copie au recteur. Il lui est alors répondu que Paris 4 va délivrer des diplômes de droit a Abu Dhabi ! Alors même que, fac de lettres, elle n’est pas habilitée à le faire. Il découvre que, pour tourner la difficulté, Pitte a passé une accord de sous-traitance avec Paris 5, qui, elle, est habilitée mais … ne s’appelle pas Sorbonne.

En bon juriste, Al-Marri flaire un lézard et relance Paris-1 par mail : « je veux savoir si vous êtes juridiquement autorisés à signer le partenariat que nous sollicitons ? » Hénin répond en termes strictement juridique : « oui : nous ne sommes pas Paris 4 . Nous ne sommes donc tenus par aucun accord d’exclusivité. »

Invité à se joindre à la délégation qui se rend au sommet de ministres de la justice à Doha, emmenée par Rachida Dati, en avril 2008, il part muni d’un solide dossier d’implantation monté avec l’APIE (Agence pour le patrimoine immatériel de l’Etat), créée par Thierry Breton pour défendre les marques publiques. Il part confiant, fort d’un mail reçu du ministère de l’Enseignement Supérieur qui dit : « la marque Sorbonne n’est pas la propriété de Paris 4, donc rien ne s’oppose à ce contrat. » Dans l’avion, il questionne quand même Rachida Dati : existe-t-il un doute pouvant gêner l’implantation de Paris 1 ? La grande amie du procureur général du Qatar lui répond enthousiaste : « pas de problème, je prends ça sur moi, nous signerons ! » A peine arrivé à Doha, Hénin consulte quand même divers interlocuteurs, dont Bernard Belloc, le conseiller université à l’Elysée. Réponse cocasse à sa démarche : « tu peux signer si tu n’utilise pas le mot « implantation », mais seulement « collaboration universitaire . » Une demi heure à peine après l’arrivée à Doha, Dati a changé de mine « Désolé, on ne signe plus, il y a un véto absolu de l’Elysée. Pour cause d’intérêts supérieurs… »

Hénin rentre bredouille. Le Quai d’Orsay tentera ensuite de rattraper le coup en proposant que le signataire de l’accord s’appelle « Paris-1 Panthéon », sans le mot Sorbonne. Ce faux compromis n’intéresse pas le Qatar. Puis lors d’une réunion aux Affaires Etrangères, Hénin découvrira effaré la dernière idée du Quai d’Orsay « on va proposer au Qatar une implantation sous le nom Paris 1 Panthéon, mais les diplômes seront signés Paris-1 Panthéon Sorbonne. » Tribulations restées pour l’instant sans suite car les Qataris comprennent bien qu’on les promène.

Incident diplomatique avec Bahreïn

Fin 2008, le président de Paris-1 a à peine digéré le véto opposé à son implantation au Qatar qu’il apprend que le roi Hamad Bin Eisa Al Khalifa du Bahrein est intéressé par un partenariat avec Paris-1 . Mieux : que la chose figure à l’agenda de la rencontre du roi avec Nicolas Sarkozy le 5 décembre 2008. Le 6 décembre, en gros titre, « The Gulf » annonce « Apres sa visite à Nicolas Sarkozy, le roi du Bahreïn annonce qu’il accueille une antenne de la Sorbonne ». Cette fois, Hénin est sur de son coup . Une délégation russe de passage à Paris le félicite : « Alors, vous vous installez à Bahreïn ! » précisant que l’information a été annoncée par la Banque Mondiale. Hénin se borde en consultant par mail Jean Daniel Levitte, conseiller diplomatique à l’Elysée, sachant que Sarkozy se rend en visite officielle dans ce pays les 11 et 12 février. Le 4 fevrier, il a la satisfaction de recevoir une lettre personnelle à en tête du roi du Bahrein, l’invitant à être présent lors de la visite de Sarkozy « afin de discuter les possibilités de la création d’une annexe de l’université de Paris 1 Panthéon Sorbonne au Bahrein. » Il informe notre ambassadeur à Bahreïn qui répond « je peux attester de la réaction extrêmement positive du roi au projet de l’implantation de Paris 1 Panthéon Sorbonne. Mon voeu le plus sincère est de voir aboutir ce projet » « Implantation » : le mot magique est prononcé. « Bêtement républicain, j’informe Sarkozy et lui demande avec qui je dois traiter ça » raconte Hénin. Aucune réponse. Le 9 février, billet d’avion en poche, il apprend qu’il y a un problème. L’ambassadeur de France a totalement changé d’avis « votre venue soulève une objection, j’ai prévenu les autorités de Bahrein. » Hénin annule son voyage. Ce qui est un affront pour Bahrein : « on ne refuse pas une invitation du roi. » C’est un incident diplomatique. Le 18, Bernard Kouchner envoie une longue lettre embarrassée à Hénin : « nous sommes liés par l’accord Franco Emirien . Il comprend une clause précisant que ce sera l’unique implantation de l’université Paris-Sorbonne au proche et Moyen Orient . Il ne parait donc pas possible de reprendre une deuxième fois cette appellation dans cette région. Concernant Bahrein, votre projet n’a pas été évoqué lors de l’entretien du roi Hamad avec Nicolas Sarkozy. »

Où l’on découvre un intermédiaire floué, qui réclame 2 millions de $

Mais un autre problème vient encore compliquer cette affaire et la rendre plus ténébreuse . C’est en fait un important lobbyiste proche des familles royales du Moyen Orient, et grand ami d’Olivier Dassault, Pascal Renouard de Vallière, qui est à l’origine de l’idée Sorbonne à Abu Dhabi. Il l’a apportée « sur un plateau d’argent » à Pitte, après, dit-il, deux ans de travail, ce que confirme Pitte et tous les témoins de la cérémonie à Abu Dhabi. « C’est lui qui a payé de sa poche le premier voyage d’exploration sur place de Pitte et d’une adjointe, qui étaient méfiants » se souvient un témoin. Renouard de Vallières, surpris par le renom de la Sorbonne, ira même jusqu’à travailler, à l’époque, sur un projet d’opération « Sorbonne à Boston ». Ce « consultant en affaires internationales » sera récompensé de son intermédiation le 5 novembre 2007 en étant fait chevalier dans l’Ordre National du Mérite, en grande pompe, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, par Olivier Dassault « qui a joué un rôle très important dans l’affaire » dit-il.

Mais voilà : le reconnaissance morale n’est pas tout. Dans le journal Al Ahram International, on a pu lire, le 4 février dernier, ce curieux entrefilet, publié après accord de Renouard de Vallière : « Monsieur Renouard de Vallière vit avec perplexité et étonnement le fait qu’aucune espèce de reconnaissance, ni morale ni autre, ne lui ait été manifestée par les décideurs à Abu Dhabi, ce qui est en totale contradiction avec la politique des héritiers du regretté Cheikh Zayed. A tel point qu’il s’étonne beaucoup et n’arrive pas à le croire. Il est persuadé de faire les frais d’intrigues tramées contre lui. »

Renouard de Vallière récuse le qualificatif « d’homme d’affaires », et se dit « conseil en relations internationales ». En fait c’est un lobbyiste qui monnaye ses hautes relations, tissées depuis plus de 20 ans, au Moyen Orient. Il travaille notamment pour Dassault. Il demandait 2 millions de $ pour le montage de l’opération Sorbonne, à partager entre Paris et Abu Dhabi. Mais la Sorbonne n’ayant pas un sou, il a eu l’idée d’introduire la clause d’exclusivité et de demander, en contrepartie, que les 2 millions soient à la charge d’Abu Dhabi. Ce qui a été accepté mais… verbalement. Problème : cette commission n’a jamais été payée. Renouard de Vallière accuse le Quai d’Orsay de faire obstacle, et pire, de vouloir sa faillite, car il désormais mal vu dans les Emirats. Il faut dire que ni lui ni Pitte n’avaient associé les Affaires Etrangères à l’opération Abu Dhabi… Etait-ce pour justifier sa commission et ne pas se faire court circuiter ?

De Vallière insinue en tous cas que Patrice Paoli, ancien ambassadeur à Abu Dhabi, promu depuis patron du Moyen Orient au Quai, se serait attribué la paternité de l’opération Sorbonne , laquelle a été suivie par l’opération Louvre à Abu Dhabi… De là à dire que l’opération Louvre aurait été inspirée par lui, il n’y a qu’un pas qu’il ne récuse que mollement. Et là, on parle de très gros intérêts, puisque le Louvre s’est « vendu » pour 700 milions d’E, dont 370 pour la seule marque, et le reste en royalties ( cf plus loin)

Furieux d’avoir été mis à l’écart, Renouard de Vallière s’active beaucoup, et a été jusqu’à inspirer un petit article du Figaro, le 28 mars dernier, titré, en caractères gras : « La Sorbonne de Renouard de Vallière. »

Ce personnage jovial et imposant ( il mesure presque deux mètres), qui aime souligner son parcours d’autodidacte, suscite des appréciations diverses en raison de ses facettes mystérieuses. Qualifié ici ou là d’aventurier ou d’affairiste, il fait l’objet de qualificatifs plus raides du coté du Quai d’Orsay. Il se donne volontiers une apparence de naïveté. On ne traite pourtant pas des affaires au Moyen Orient pendant des décennies sans un solide blindage. Parti pour l’Arabie Saoudite dés l’âge de 19 ans, il ouvre un bureau d’affaires à Ryad en 1983 puis le transfère au Caire en 1996. Il parle couramment Arabe et se flatte d’avoir vécu comme un bédouin sous la tente. Surtout, son site internet l’atteste, il possède un impressionnant portefeuille de relations, notamment politiques, au premier rang desquelles figure Olivier Dassault . Qu’il se soit fait flouer aussi bêtement sur cette opération Sorbonne intrigue. Sa version consiste à dire que l’affaire serait due « au mépris des élites de la haute administration française, qui ont voulu écarter un autodidacte. » L’argument paraît court : même si il écrit « diplômatie » avec un accent circonflexe, les faciliteurs d’affaires comme lui, diplômés ou pas, dotés de beaucoup d’entregent, ont toujours été prisés en haut lieu.

Une seule chose est sûre dans cette affaire : seul le Quai d’Orsay brandit la fameuse clause d’exclusivité. « Chez Pecresse, ils sont au contraire pour la multiplication des partenariats à l’étranger » explique un informateur proche du dossier. « C’est donc qu’il y a d’autres intérêts en jeu que ceux de l’éducation. » Le même informateur fait remarquer que c’est la même branche familiale régnante à Abu Dhabi qui contrôle les intérêts militaires et l’opération Sorbonne . L’Elysée défend-il l’exclusivité Abu Dhabi pour favoriser de futures ventes d’armes et la toute prochaine ouverture, fin mai 2009 d’une base militaire française dans ce pays ? Si cette supposition s’avérait exacte, ce serait une façon inédite de valoriser le renom d’une université.

A Abu Dhabi, la marque Sorbonne a-t-elle été bradée ?

En cette fin avril 2009, Pierre-Yves Hénin, qui a terminé son mandat de président de Paris 1, estime avoir recouvré sa liberté d’expression. Il est excédé par le fait qu’un récent courrier, adressé à Bernard Kouchner le 13 mars demandant communication du contrat Abu Dhabi est encore resté sans réponse.

Hénin accuse : « Je porte une accusation ciblée et constituée : la « Sorbonne à Abu Dhabi », c’est un accord contenant une clause d’exclusivité aux yeux du Quai d’Orsay alors que cela ne tient pas juridiquement. S’il y a des choses secrètes, je veux que cela soit clarifié. S’il y a exclusivité sur la marque Sorbonne, alors des droits doivent être payés. Mais s’il y a une commission non honorée, que reste-t-il de l’exclusivité ?… Je veux que l’on m’explique quels sont les intérêts qu’on protège dans cette affaire . » Et un de ses professeurs de droit, Maître François Ameli, spécialiste en contrats internationaux, est encore plus formel : « Rien, absolument rien, juridiquement, ne s’oppose à ce que Paris-1 monte des programmes au Moyen-Orient comme cela nous a été demandé par ces interlocuteurs de très grande qualité et porteurs d’avenir comme le Qatar. »

Il est en effet piquant que Paris 1 Panthéon Sorbonne, université d’excellence en droit et en économie ( avec l’IAE de Paris), se voit interdire de créer des partenariats au Moyen Orient parce que Paris 4, fac de Lettres, y exerce un monopole. Pour Hénin, limiter l’excellence de la Sorbonne à Paris 4, donc aux Lettres et Sciences Humaines, c’est brader le renom de la marque, qui s’exerce dans d’autres disciplines. Paris 1 qui gère des partenariats internationaux de haute qualité avec Le Caire, Thessalonique, Galatassaray, mais aussi Columbia à New York, et Oxford, enrage de se voir fermer la porte des états du Golfe dont les projets éducatifs sont énormes et pour lesquels elle dispose de compétences que d’autres universités n’ont pas. Nous avons rencontré le président de la Qatar Foundation, le Dr Mohamed Fathy Saoud, qui investit 5 milliards de $ dans sa « City of Education ». Il est très clair : « nous voulons signer avec les meilleures institutions françaises. Nous sommes très ouverts à toutes les opportunités, et nous parlons aussi avec les grandes écoles. » On comprend vite dans ses propos que si ce ne sont pas les universités qui y vont, ce seront les grandes écoles.

Enfin, si vraiment une exclusivité a été accordée à Abu Dhabi sur l’utilisation du mot « Sorbonne », pour tout le Moyen Orient, Hénin conteste alors les conditions financières du contrat conclu, en s’appuyant sur la jurisprudence du contrat Louvre à Abu Dhabi . En Mars 2007, le droit d’utiliser la marque « Louvre » a été vendu 370 millions d’E aux Emirats, sans compter une somme équivalente en royalties à venir. Le contrat a été conclu avec l’aide de l’APIE ( l’Agence pour le patrimoine immatériel de l’Etat), créée à Bercy par Thierry Breton dans le but de défendre les marques publiques. « Le non respect de cette procédure, et donc la non valorisation de la marque Sorbonne dans les mêmes conditions que Le Louvre pose un vrai problème » argumente Hénin.

La Sorbonne à Abu Dhabi : 1000 étudiants dans 5 ans ?

Le 14 mars 2008, Jean Robert Pitte, ayant sans doute trop roulé les mécaniques, était battu aux élections pour la présidence de Paris IV par Georges Molinié, un distingué professeur de stylistique Française qui affiche haut et fort ses idées de gauche et son opposition farouche à la réforme LRU de Valérie Pécresse. Depuis 18 mois il a fait de Paris IV le bastion de la lutte anti réforme de l’université. Ce qui produit ce résultat piquant, qui n’avait sûrement pas été anticipé ni par Sarkozy ni par Abu Dhabi : l’émirat est actuellement lié par un contrat d’exclusivité avec la fac la plus rebelle de France aux réformes universitaires de Nicolas Sarkozy. Dés mai 2008, Molinié déclarait à Challenges « l’idée qu’on puisse vendre le nom Sorbonne, qui en plus ne nous appartient pas, c’est d’un plouc ! » Et il dénigrait le contrat Abu Dhabi : « là bas 90 % des étudiants sont arabophones ou anglophones : nous nous contentons de le alphabétiser en français » , parlant de « bricolage indigne de la Sorbonne » et suggérant que Pitte avait été très peu exigeant sur les conditions du contrat : « c’est des cours de Français amélioré ». A l’automne 2008, il alla à Abu Dhabi pour imposer des nouveaux contenus éducatifs « plus dignes de la Sorbonne », dans les programmes : histoire, géographie, histoire de l’art etc, dans le cadre d’une licence en Lettres. Allant jusqu’à obtenir la tête du général Omar Al Bitar qui était vice président du conseil d’administration de Sorbonne Abu Dhabi. Aujourd’hui, la Sorbonne délègue 8 directeurs de filière sur place, plus des profs qui font des vacations de 8 à 15 jours. Pour autant, le projet est loin d’atteindre son objectif de 2000 étudiants : « on l’a révisé à 1000 étudiants dans 5 ans explique le professeur Michel Fichant, membre du conseil d’administration de la Sorbonne Abu Dhabi qui ajoute : monter une université entièrement francophone dans cette zone totalement anglophone était un pari risqué . » Il estime qu’il faudrait un bureau de recrutement pour attirer des candidats. D’autant que la New York University va inaugurer un campus à la rentrée prochaine délivrant elle aussi des cours de lettres et sciences humaines.

Actuellement l’effectif Sorbonne Abu Dhabi est de 400 étudiants, dont 120 en « année zéro », c’est-à-dire en initiation au Français. En revanche il faut souligner un point fort négocié par Pitte, et lié à l’ouverture régnant dans les Emirats : la mixité et la laïcité, impliquant même qu’il n’y ait pas de salle de prière sur le campus.

Enquête de Patrick Fauconnier

“Le Sorbonne Gate” 1: La Sorbonne vendue « en exclusivité » aux Emirats Arabes Unis (Bakchich.info)

Dimanche 3 mai2009

Sorbonne Gate / mercredi 29 avril par Eric Laffitte

http://www.bakchich.info/La-Sorbonne-vendue-en-exclusivite,07554.html

Des accords secrets entre Paris IV et Abu Dhabi cautionnés par le Quai et l’Elysée provoquent une fronde grandissante dans le monde universitaire.

Tandis que Valérie Pécresse assure la promotion de « l’autonomie » des universités et alors qu’étudiants et profs sont dans la rue, le Quai d’Orsay et l’Elysée négocient en douce la commercialisation dans le Golfe de la plus prestigieuse des universités françaises, la Sorbonne. Tractations occultes ou accord secret ? Des professeurs d’université évoquent déjà une « Sorbonne Gate », d’autres une véritable « bombe à retardement ».

Oukase de l’Elysée

La « franchisation » de la marque Sorbonne, une université fondée en 1257 sous Saint-Louis, au terme d’un accord « exclusif » avec Abou Dhabi, a été négociée par Paris IV avec la bénédiction de Chirac et Sarko. Trois universités parisiennes sont légalement autorisées à porter le nom de Sorbonne dans leur appellation officielle : Paris-Sorbonne (Paris IV), Sorbonne Nouvelle (Paris III), et Panthéon-Sorbonne (Paris I). On perçoit mal sur quels fondements juridiques, Paris IV, sous couvert d’une « exclusivité » négociée sous le tapis, en interdirait l’usage aux deux autres au Moyen-Orient. C’est pourtant l’oukase actuellement imposé par l’Elysée.

À l’origine de l’implantation de la Sorbonne à Abu Dhabi, c’est Gilles de Robien, alors ministre de l’Education nationale de Jacques Chirac, qui, le 19 février 2006, parraine, en qualité de « témoin », un accord de partenariat international pour l’implantation d’une annexe – privée – de l’Université de la Sorbonne. Ce 19 février, le ministre n’omet bien sûr pas, dans son discours, de faire l’éloge tant de la coopération franco-émirienne que de « notre vieille et belle Sorbonne (…) héritière d’une tradition d’excellence multiséculaire ».

Mystérieux accords

Les accords passés, valables pour 10 ans, entre les émirats et le président de l’époque de Paris IV, Jean-Robert Pitte, restent mystérieux. On sait seulement que cette annexe de Paris Sorbonne sera privée, et que le projet initial prévoyait d’accueillir à terme 1 500 étudiants. Ceux-ci sont soumis à des droits d’inscriptions relativement élevés – 13 000 dollars par an – dont Paris IV doit percevoir 15 %.

Pour l’année 2007-2008, l’université de « Paris - Sorbonne Abu Dhabi » n’accueillait que 273 étudiants. Des inscriptions qui ne génèrent donc que des « royalties » fort modestes pour cette annexe nichée dans le riche émirat. Autre souci, « Paris - Sorbonne Abu Dhabi », pour satisfaire aux exigences des Emirats, a entrepris de délivrer – aussi – des diplômes en droit, une compétence non reconnue à Paris IV. Pour y pallier, Paris IV s’est adressée à ses « consoeurs », et en particulier à sa voisine du quartier latin, Paris I (Panthéon-Sorbonne), mais en lui proposant un simple rôle de sous-traitant. Pour des raisons de prestige, Paris I refuse de jouer les supplétifs… Pour honorer son engament de délivrer des diplômes en droit (licences et masters) « Paris - Sorbonne Abu Dhabi » est contrainte de passer un accord de sous-traitance avec Paris II puis Paris V. Ce qui suscite dans la sphère universitaire quelques ricanements relatifs au « bricolage », comme à « l’improvisation », ayant présidé à l’internationalisation de Paris IV.

 

Dans la sphère universitaire, on se plait à qualifier de « chiraquerie » cet accord de coopération. À l’origine, c’est en effet Pascal Renouard de Vallière, un consultant international, qui a eu l’idée d’une Sorbonne implantée aux Emirats. Cet ancien de chez Dassault doit à Chirac son titre de Chevalier national de l’Ordre du mérite. Pour sa peine – la coopération universitaire franco émirate – Renouard de Vallière était supposé encaisser deux millions de dollars, croit savoir un professeur de Paris I au fait du dossier. Mais il semble que le versement de la somme promise se soit heurté à des difficultés imprévues.

Les mirages du golfe

En 2007, également alléchée par la manne potentielle que représente le Golfe persique, comme par le désir de s’internationaliser, c’est Paris I (Panthéon-Sorbonne) qui négocie avec le Qatar, un des Etats pétroliers les plus dynamiques de la région. Lequel cherche à attirer des universités françaises. Des discussions s’ouvrent par ailleurs entre le Qatar et l’école militaire de Saint-Cyr ou l’Ecole Nationale de la Magistrature.

Côté Qatari, c’est le procureur général, M. Al Mari, qui est l’interlocuteur du Président de Paris I, Pierre-Yves Hénin. Al Mari devait connaître une notoriété inattendue dans l’hexagone ces derniers mois pour avoir été désigné, dans le livre Bel ami, comme le père de la fille de Rachida Dati… Ce qu’il a fermement démenti !

Le haut magistrat peut toutefois se prévaloir d’autres affinités avec la France, en particulier celle d’être docteur en droit, diplômé de Paris I… En février 2008, le procureur général invite le Président de Paris I au Qatar pour « la mise en place la mise en place d’un programme de coopération académique ».


« Objections d’opportunité »

Parallèlement aux discussions avec le Qatar, Paris I entre en négociation avec Bahreïn, toujours avec le projet d’implanter dans ce Royaume une antenne de Panthéon Sorbonne… Là aussi les discussions sont suffisamment avancées pour qu’une invitation officielle soit adressée à Pierre-Yves Hénin début février 2009, à l’occasion d’un voyage officiel de Nicolas Sarkozy. Subitement, le Quai d’Orsay et l’Elysée interviennent et interdisent ( !) sans aucune explication – dans un premier temps – au Président de Paris I de signer un accord avec le Qatar ou avec Bahreïn.

L’ambassadeur de France à Bahreïn, Yves Oudin, adresse alors un courrier savoureux à Pierre-Yves Hénin : après consultation du ministère des Affaires Etrangères, « il m’est revenu que votre visite à Bahreïn soulevait des objections d’opportunité, je l’ai donc dit aux autorités bahreiniennes », explique l’ambassadeur. En clair, le Quai a pris l’initiative d’annuler le déplacement du président de Paris I ! Au nom « d’objections d’opportunités » ! Diable …

Les dirigeants de Paris I tentent de comprendre, mais la ministre de tutelle, Valérie Pécresse, n’est manifestement au courant de rien. Un courrier au chef de l’Etat demeure sans réponse (officielle). On comprend toutefois que le dossier relève avant tout des compétences conjuguées de Claude Guéant et de Jean-David Lévitte.

Kouchner n’explique rien

Deux courriers de Paris I s’avéreront nécessaires pour obtenir de Bernard Kouchner une réponse le 18 février 2009. Le ministre finit par faire savoir que « les autorités françaises sont liées par l’accord Franco-émirien », signé en février 2006, lequel « comprend une clause précisant que l’université sera l’unique implantation de l’Université Paris-Sorbonne au Proche et Moyen-Orient. Dans ce contexte et compte tenus des enjeux actuels de notre coopération avec les Emirats Arabes Unis, il n’apparaît pas possible de reprendre une deuxième fois l’appellation « Sorbonne » dans cette région du monde. »

La réponse du ministre laisse totalement incrédules les acteurs du dossier. Lesquels ne parviennent pas à croire que la « marque » Sorbonne ait pu être ainsi abandonnée aux Emirats en exclusivité pour l’ensemble du « Proche et Moyen-Orient », en échange d’une simple redevance de 15 % sur les droits d’inscriptions de 250 étudiants…

Rappelons que la transaction passée entre ces mêmes Emirats pour l’ouverture d’un musée du « Louvre Abu Dhabi » porte sur 400 millions d’euros…

“Le Sorbonne Gate”: Introduction

Dimanche 3 mai2009

Paris 1 Panthéon-Sorbonne a dénoncé le sombre accord exclusif et secret passé entre Paris 4 Paris-Sorbonne (à l’époque présidée par Jean-Robert Pitte) et Abu Dhabi, cautionné par le Quai d’Orsay et l’Elysée, qui empêche Paris 1 de se développer au Moyen-Orient.

“A l’heure où Nicolas Sarkozy s’apprête à inaugurer, fin mai, la base militaire française à Abu Dhabi, l’exclusivité de la marque « Sorbonne » aurait-elle été accordée aux Emirats Arabes Unis afin de faciliter des contrats avec ce pays ?”

1) Premier problème: l’Université Paris 4 Paris-Sorbonne n’est pas et n’a jamais été “La Sorbonne”. Après Mai 68, trois universités se partagèrent l’héritage de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Paris (La Sorbonne): Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Paris 3 Sorbonne-Nouvelle et Paris 4 Paris-Sorbonne. L’accord concerne pourtant, dans sa version anglaise, “the Sorbonne University”.

2) Deuxième problème: l’accord n’engageait en aucun cas les autres universités de la Sorbonne, Paris 1 et Paris 3, et empêche pourtant désormais tout développement de Paris 1 au Moyen-Orient (par exemple, au Qatar ou au Bahrein).

3) Troisième problème: Paris 4 Paris-Sorbonne est une université de Lettres et Sciences Humaines et ne peut délivrer des diplômes en Droit ou Gestion contrairement à la volonté de son antenne à Abu Dhabi. Paris 1 Panthéon-Sorbonne, à la fois héritière de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Paris (la Sorbonne) et de la Faculté de Droit et Sciences Economiques de l’Université de Paris (le Panthéon), est la seule université de la Sorbonne à pouvoir le faire.

4) Quatrième problème: Contrairement à la marque du Louvre vendue en exclusivité pour 400 millions d’euros à Abu Dhabi, la clause d’exclusivité de la marque Sorbonne ne permet à Paris 4 Paris-Sorbonne que de récupérer 15% des droits universitaires de la Sorbonne d’Abu Dhabi.

5) Cinquième problème: L’accord reste secret et les détails de cette transaction restent obscurs.

6) Sixième problème: L’Elysée et le Quai d’Orsay cautionnent cet accord en ne donnant aucune réponse satisfaisante aux demandes successives de Paris 1 Panthéon-Sorbonne de s’implanter au Moyen-Orient.